Economie
Le Cameroun et
le business de la ferraille
Longtemps
ignorée au Cameroun, la ferraille s'impose depuis quelques temps comme une
activité florissante, un véritable secteur d’affaires avec ses illégalités et
ses rentabilités, ses « gourous » et ses ouvriers, ses discrétions et ses
batailles politico-économiques. Avec la forte demande de métaux usés sur le
marché mondial et l’arrivée en masse des capitaux étrangers, le commerce du «
mposs » comme on l’appelle vulgairement,
connaît en effet un boom économique. Et le secteur est immense. Il inclut le
commerce des métaux ferreux et non ferreux (fer, cuivre, aluminium, et le laiton).
Carcasses de voitures, machines usées, tôles, fils de courant… rien n’est
laissé dans les recoins des grandes villes camerounaises et même au-delà,
jusque dans les pays voisins.
Difficile
d’évaluer avec exactitude le nombre de personnes employées par ce secteur. Toutefois, selon le synafsec, le secteur
emploierait environ 8 00 personnes, pour le seul quartier de Tsinga
Elobi à Yaoundé. Une zone dans
laquelle on retrouve des négoces et même des maisons entièrement dédiées au
commerce de la ferraille. Cette situation s’explique par le taux de chômage que
connait le pays, mais surtout par la disponibilité de cette nouvelle matière
première qui rapporte au gouvernement camerounais plus de 25 milliards Fcfa
chaque année.
Pourtant, ces
déchets polluent les zones urbaines. Un
inconvénient qui ne pose visiblement aucun problème aux ouvriers de ce
secteur qui y voient au contraire une lueur d’espoir, une source de vie voire
de survie. Mais ce n’est pas tout. La
ferraille, c’est surtout et de plus en plus, un business dans lequel des hommes
d’affaires indiens et pakistanais, véritables spécialistes du commerce
international ont pu tirer leur épingle du jeu. Puisque le circuit de
la ferraille aboutit principalement en Inde, au Pakistan, au Brésil, ou encore
en France. D'importants acquéreurs qui, souvent, comptent sur l'ardeur des
Tchadiens, des Camerounais, des Maliens et autres ressortissants de la
sous-région, pour espérer acheter des tonnes de ferraille. De quoi booster
l'élan des chercheurs de « fer rouge».
La ferraille
s’est avérée si prometteuse que le ministère de l'Industrie, des Mines et du
Développement technologique a dû se saisir de l’affaire en 2008 en signifiant
que « la collecte, le stockage et le transport de la ferraille fait l'objet
d'une autorisation préalable du ministre en charge de l'Industrie ». Des
mesures qui, malgré leur mise en application, semblent diviser les différents
acteurs de cet univers où seul le portefeuille du plus offrant dicte sa loi.
Paul Marcel
MAYAGUI