mercredi 30 juillet 2014

LA SOLUTION A LA GUERRE

Bastos,  un quartier huppé de Yaoundé en début de soirée. L’air est chaud et lourd. Le soleil brille comme quand il est à son zénith au Sahara.  Le visage recouvert de sueur  et la gorge sèche, je pousse la porte d’un  troquet « in », dans l’espoir de trouver un cactus qui étancherait ma gorge en feu.  Mais une «armoire géante»  me repousse sans ménagement.
-           fête privée !
Le gorille exige que j’aille m’abreuver ailleurs. Mais on ne se débarrasse pas aussi facilement d’un tenace qui a fait le maquis, et qui plus, est journaliste.  Ma curiosité journalistique prend alors le dessus.  Je cherche donc à savoir qui se permet de réserver tout un bistrot.
-           j’imagine déjà les Dpa (Détenteurs du pouvoir d’achat) ou un de ces feymens de la capitale entrain de faire un maxi boucan.
A l’arrière du bar, un camion décharge des vivres et de la boisson.  Une chance pour moi, ma tenue  du jour sied parfaitement à la besogne. Je m’invite donc à la fête en passant par la cuisine. On s'amuse bien dans ce café hein ! La sono est à fond, les filles sont chaudes, l’alcool coule à flots et  la délicate odeur de cigarette empeste l’air de la salle.  De  fait, il y a là une centaine d'adolescents qui se trémoussent sur un secoues-secoues de Lady ponce et de Manu Killer, l’un des meilleurs Dj du pays.
Dans un coin obscur,  je demande à tue-tête à un jeune lascar ce qu’on célèbre avec tant d’enthousiasme.  Il me dirige vers un autre ado, cheveux de feux, bling-bling jusqu’aux os. Celui-ci me répond :
- C'est la première communion de Mohamed.
- Quoi ?  Pour me rassurer que « le secouement » n’avait pas altéré mon ouïe, je lui repose la question. Et il me répond en articulant très lentement. 
-           c’est la pre-miè-re com-mu-nion  de Mo-ha-med.
Une stupéfaction insensée s’empare de mon être, mon esprit crédule pense alors que j’ai traversé la porte des étoiles pour me retrouver dans un monde parallèle. La première communion c’est bien une affaire de chrétien catholique, non ?!  Et Mohamed c’est bien un truc de musulman, il paraît même que c’est le petit nom du prophète pas vrai ?! Si je ne me trompe !
Il n’y a pas de doute, les témoins de Jéhovah rencontrés quelques heures avant, avaient raison : la fin du monde est proche.  Je quitte précipitamment le café avec l’impression de ne pas vivre dans la même époque  que ces lurons.  Je crois même que j’hallucine !
Revenu à la maison une demi-heure plus tard,  je raconte l’histoire à mon petit frère.
-           Taré ! Tu ne connais pas la tendance actuelle dans la jeunesse in du kamer ?  Comme on ne sait plus qui est qui, il y a plusieurs ethnies, près de 500 communautés religieuses  et comme tous ces gens cohabitent, on ne veut plus faire de jaloux. Par conséquent, on célèbre toutes les fêtes.  Ton Mohamed est sûrement le fils d’un Ahladji milliardaire qui aurait pris pour énième épouse une femme catholique.
-           Euréka, j’ai trouvé la solution à la guerre au Mali et à tous les problèmes de conflits religieux. Les maliens devraient copier la jeunesse in du kamer.   On louera Dieu simplement  tous les jours dans les différentes cérémonies religieuses, sans distinction  d’obédiences. Plus besoin de s’entretuer en son nom.
Tard dans la nuit sous la chaleur accablante de Yaoundé,  je rêve de la fête du Mouton à « Etoudi » où popaul et Junior égorgent un mouton, tandis que Chantou et Brenda  sèchent la viande sur le Garzon.  Je rêve également d’un jour de Noel en Arabie saoudite. Le Roi Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud et sa famille chantant il est né le divin enfant  ♪♪ aux pieds d’un sapin…

ET SI J’AVAIS ARRÊTÉ L’ÉCOLE PLUTÔT …

Ekounou,  un quartier populeux de Yaoundé en début d’après midi. L’air est chaud et lourd. Le visage recouvert de sueur, tel un poulet sur un barbecue,  je grille sous le soleil en attendant un taxi.  Soudain, une Cadillac Escalade de couleur noir- présidentiel s’arrête devant moi. Indigné par ce « manque de mépris », je rumine alors sur les capacités des Camerounais à détourner de l’argent.  Mon mécontentement est vite stoppé par une voix rauque.
-       - hey  le yaguami (surnom que mes camarades du primaire m’avaient donné à cause de mon amour pour leKing of Fighters) ! comment vas-tu?  Grimpes vite je te dépose quelque part.
Je regardais ce jeune homme à l’allure d’Apollon en cherchant désespérément dans mon disque dur le lieu où j’avais rencontré ce visage qui semble me connaitre si bien. Pendant ma recherche le jeune homme me dit
-      - Yaguami c’est moi Karim ! tu ne reconnais plus ton camarade de banc du Cm1 ?
Après quelques accolades, Karim m’invite une fois de plus dans son véhicule, et me conduit dans un troquet, question de ressasser les souvenirs de l’école primaire.
Entre deux gorgées d’Hydromel, Karim et moi parlions de l’Etat et de l’avenir du Cameroun, notre mère patrie. Plus bavard que dans mes souvenirs, karim tient un discours sur l’action de l’intelligentsia camerounaise dans la résolution des problèmes des Camerounais.
Étonné, je le regardai pendant un bout temps, jaugeant la métamorphose entre mon ancien camarade de classe du primaire et le jeune homme cultivé que j’avais devant moi. Le parlement du quartier me l’a toujours dit, un analphabète qui passe cinq ans à "Mbeng" devient plus cultivé qu’un docteur resté en Afrique.
Karim, le plus taré de tous mes camarades du primaire, Karim qui n’avait jamais réussi à avoir 2/10 en calcul mental, 1/10 en conjugaison, -20/20 en dictée, et malgré le fait qu'il copiait sur nous, karim réussissait même l’exploit d’obtenir 0/10 en culture générale.  Karim qui avait déserté l’école au cours moyen deuxième année, suite au festival de fessées que lui avait offert l’administration de notre école, au lendemain de la proclamation des résultats d’un concours inter-école où il était le dernier de tous les candidats…
karim… ! Karim devenu footballeur professionnel en France, raisonne devant moi, jetant dans la boue les intellectuels Camerounais.
- Ecoute Karim, lui dis-je en jetant un coup d’œil furtif à la créature qui lui tenait compagnie.  Ce n’est pas parce qu’avec le foot tu as pu obtenir ce que tu n’aurais jamais pu obtenir avec les études que tu peux te permettre de faire l’apologie du football au détriment des salles de classe. Pour moi, je te le redis, le foot reste avant tout un sport et un divertissement, et je suis énervé que nos jeunes compatriotes le considèrent aujourd’hui comme une profession. Comment est-ce que tu peux comprendre des jeunes de la trentaine qui du matin au soir, chaque jour, végètent sur des terrains de foot, abandonnant les études, rêvant de trouver un jour un club en Europe, diviser leur âge par deux ou par trois, et jouer les stars, hein ! Je te…
- Ils jouent les stars,  mais ils valorisent plus leurs pays que les gros palabreurs inutiles que vous êtes, vous qui vous dites instruits. Moi je ne joue qu’en deuxième division en France, mais je fais plus honneur au Cameroun que toi et tous tes mentors intellectuels camerounais réunis, parce qu’on sait très bien que malgré les beaux discours que vous tenez durant vos années de jeunesse, vous finissez toujours pourris comme ceux que vous avez combattus.
Je pouffai de rire, lorgnant une énième fois sa compagne. Qu’elle est jolie ! Qu’elle sentait bon, bon Dieu ! on aurait dit Beyoncé ! Le genre de filles qui, à côté de votre compagne, produit le même contraste que Michel Gohou à côté de Michael Jordan en taille, Quasimodo à côté de David Deckam en beauté, …
- Karim, écoute, ne compare pas deux choses incomparables. Les footballeurs sont là pour jouer et divertir, et les intellectuels sont là pour réfléchir, émettre des idées pour améliorer les conditions de vie de notre pays.
- Oui, mais avec le chapelet d’intellectuels que nous avons dans ce bled et la panoplie d’idées qu’ils émettent, pourquoi sommes-nous toujours là où nous sommes, hein ? Combien de livres n’avez-vous pas écrits pour étaler vos grandes idées d’intellectuels ? Mais nous sommes toujours là où nous avons toujours été. Au moins nous les footballeurs nous faisons rêver les jeunes. Chaque fois que nous marquons un but, ils jubilent et se voient en nous. Nous donnons de la joie à nos supporters. Dis-moi,-toi et tes gourous d’intellectuels-opposants vous donnez quelle joie aux jeunes, hein ?
Il fit signe au serveur qui nous amena une quatrième bouteille de Glenn fidisch. Je faillis paniquer, pensant à l’addition, avant de me ressaisir, je buvais avec un footballeur jouant en France, il pouvait payer. Ils peuvent tout payer, eux.
- Tu imagines ce que deviendra le Cameroun si tous les jeunes finissent par avoir pour référence des footballeurs et désertent les écoles, hein, nous…
- Oh, là le Cameroun deviendra, enfin, un pays où tout le monde fera bien son travail. Au moins le foot, on le joue bien, nous les footballeurs. Ce sont tes patrons intellectuels-opposants et dirigeants qui n’ont jamais bien fait ce qu’ils disent savoir faire, tu le sais mieux que moi.
Il se servit, vida le reste de la bouteille dans mon verre, et déposa un baiser sur les lèvres de sa compagne qui avait commencé à somnoler, ennuyée par notre conversation. J’avalai une grande quantité de salive. Aie, les lèvres pulpeuses d’une jolie fille ! De cette fille !
- Ecoute, mon bon vieux Paul, je suis sur place pour une semaine, on aura l’occasion de rediscuter, faut que je ramène mon bébé à la maison, elle a sommeil.
Il fit signe au serveur qui amena l’addition. Cent douze mille francs. Plus que mon salaire mensuel de journaliste avec 1 an d’expérience. Je fis semblant de fouiller dans ma poche où il n’y avait qu’un billet de deux mille francs.
- Oh, mon intellectuel, t’inquiètes, je paie tout, c’est moi qui t’ai invité. Au moins le foot paie bien. Nous on s’enrichit sans voler, contrairement à vous.
Nous nous dirigeâmes vers le parking.  Sa compagne et lui vers sa Cadillac Escale. Et moi vers le trottoir pour emprunter un taxi. Oh le soleil qu’il est accablant je commençais déjà à transpirer en regrettant la « clim» du bistrot. Mon ami footballeur, qui venait de démarrer sa voiture, baissa la vitre et me lança en riant :
- Quoi, hein, le journaliste, tu n’as pas encore acheté de vélo? T’inquiètes, tu te rattraperas quand tu seras aux affaires. Tu pourras enfin t’acheter une voiture avec de l’argent détourné, et sortir avec de belles filles comme ma compagne que tu n’as pas cessé de dévorer des yeux durant toute la soirée. Bah, tu crois que je ne te voyais pas l’admirer, hein. Pour le moment, débrouille-toi avec ces domestiques et revendeuses d’arachides grillés que tu peux impressionner avec ton salaire d’intellectuel-opposant junior, en espérant que Poupoul  t’appelle à la mangeoire… ou alors tu pourras créer un parti d’opposition financé par Pa’a pol pour distraire le bas peuple.
A cet instant précis, j’ai maudit le jour où je décidai de trouer mes pantalons sur les bancs de l’école. Vous vous rendez compte, un footeux de ligue 2 française, parler ainsi à l’historien du présent que je suis. Parce qu’il est rémunéré à coup de centaines de millions de fcfa pour courir après une boule d’air. En tout cas je remets à Dieu.

LE COMPOST : RICHESSE DANS LA POUBELLE

La fabrication de ce détritus permet de réduire le volume de sa poubelle et de produire, à partir de déchets organiques, un humus nécessaire au développement des plantes, tout en se faisant un bon pactole.
 Le nez et la bouche couverts par un cache-nez, échines courbés, le corps ruisselant de sueur par une température de 40˚C, Bonaventure Noutcheu, 30 ans, remue machinalement le monticule d’immondices qui se trouve devant lui à l’aide d’une fourche. L’odeur de putréfaction accentuée qui se dégage de ce tas de déchets le laisse indifférent. Détrompez-vous, il n’est pas un éboueur, mais « un fabriquant de fertilisant naturel », se décrit-il en souriant. En effet, Bonaventure fabrique du compost, un engrais composé de débris organiques et de matières minérales. « Le compostage repose sur le principe de la fermentation.
Une activité qui provoque une montée en température allant de 30 à 60°C au cœur du tas. Si l'air ne circule pas, les micro-organismes ne peuvent pas vivre et travailler. Le compostage est plus efficace lorsque les morceaux de matière organique sont de petites tailles. Il est donc important de brasser et mélanger les déchets organiques pour faciliter l'aération et éviter le pourrissement», explique-t-il. Le brassage favorise également la régularité de la transformation dans toutes les zones du tas et permet d'obtenir un compost de qualité homogène.
C’est en 2008, avec l’augmentation du taux de chômage au Cameroun, que ce père de famille (alors cultivateur à ses heures perdues) découvre sur Internet comment fabriquer soi-même du compost pour les produits agricoles. Une fabrication qu’il étendra deux ans plus tard au-delà de la lisière de ses champs pour en faire une véritable entreprise qui fait vivre sa famille. «Je travaille avec 3 garçons qui m’aident à fabriquer du compost. Cependant certains jeunes me livrent quotidiennement des déchets», confie Bonaventure. «Après avoir payé mes gars, je peux rester avec 20 000fcfa par semaine» ajoute-il gaiement.
Dans cette fabrique de compost située au quartier Minkan, le travail commence à 5 h du matin par la collecte de déchets biodégradables et se termine en soirée. Le compost fabriqué ici est livré ensuite aux agriculteurs et jardiniers ayant passé des commandes quelques temps plus tôt.
L'humus disparait chaque année à hauteur de 2 à 3%, en se minéralisant pour apporter les éléments indispensables au développement des plantes. En incorporant du compost (riche en nutriments organiques de plus de 80% et en humidité) à la terre, les agriculteurs compensent cette perte, améliorent la fertilité du sol et limitent le volume de déchets à traiter.
Une alternative au problème de gestion des décharges
Nos poubelles se composent dans leur majorité de déchets organiques issus des cuisines et des végétaux. Ces matières sont une véritable mine d’or susceptible de servir de fertilisant agricole. « Compte tenu de la nature des ordures ménagères collectées et du climat, le compostage pourrait, à l’avenir, apporter les fonds carbone et accroître la rentabilité, comparativement à la mise en décharge. L’Afrique devrait donc mettre l’accent sur la valorisation du compost plutôt que sur la mise en décharge», propose le Dr. Ahmed Mostafa, expert en Traitement de déchets - spécialiste à l’Unité du fonds carbone de la Banque Mondiale, dans une interview accordée à nos confrères du magazine Bosangi. D’autant plus que le recyclage des matières organiques, rallonge la durée de vie des décharges et limite les risques sanitaires.

JE SUIS ALLÉ AU VILLAGE ET J’AI «KIFFÉ»

"kiffé"... vraiment
Cela fait environ 10 ans que je n’avais plus remis les pieds au Village. Une situation justifiée par la présence des « sorciers ». Ces derniers, selon mon entourage sont des jaloux qui, m’a-t-on fait  croire à tord ou à raison, « mangeraient » mon âme, si j’y remettais les pieds. Il paraît qu’on me soupçonnait de pouvoir devenir«quelqu’un». Par mesure de prudence, je n’y suis donc plus aller depuis des années.

Récemment j’ai décidé de braver la peur des sorciers et  le mauvais état de la route ; je suis allé au village. J’en ai profité pour saluer mon oncle, voir les tombes de mes grands-parents, revivre le clair de lune, dormir loin des bruits, sous une lampe tempête et me réveiller au chant du coq, et non du tapage des nombreux bars de la ville. Prendre mon bain dans la rivière et surtout, goûter aux joies des piqûres de «moutmouts». Je suis donc allé au village, mais ce n’est pas tant, ce que j’ai présenté ci-dessus qui m’a fasciné. Ce qui m’a impressionné c’est cet ensemble de choses… incroyables et surtout magiques:
Saluer tout un village 
Tu te rends seul dans ton village d’environ 200 habitants pour voir ta famille. Rassures-toi, c’est tout le village que tu vas saluer. Ça commence ainsi.
Dès que tu poses tes valises et que ta famille a fini de lancer des youyous. On te demande comment vont les « gens de la ville ». Aussitôt les réponses données, ta famille désigne une personne pour « t’accompagner saluer le village ». C’est là tout le calvaire. Ton porte-parole de circonstance et toi parcourez Tout le village, cour après cour pour saluer. L’exercice peut durer deux jours. Ton porte-parole donne les mêmes nouvelles partout. Et même le voisin le plus proche, celui-là qui est assis en permanence dans sa chaise longue qui vous regarde et entend ce que vous dites, s’attend à vous voir  chez lui au risque de se plaindre pour n’être pas allé le saluer. J’ai dû passer 03 heures et 13 minutes à «saluer le village» en compagnie de mon cousin. Terrible!    
Être le convive de tout le village
Quand ton porte-parole et toi avez fini de faire la tournée des salutations, le village décide de chouchouter son digne fils venu de la ville. Alors commence le défilé des plats en direction de la maison familiale. C’est presqu’un «délit» que commettrait la femme qui aurait manqué d’apporter à manger le soir «au fils de la ville». Surtout si celui-ci est allé la saluer. Même dans l’impossibilité de le faire, elle viendra s’excuser auprès de ta mère, de ta tante, de ta sœur voire de ta grand-mère, selon le cas.
Le problème c’est que le soir venu, tu te retrouves avec une dizaine de plats différents. La politesse voudrait que tu manges chacun de ces mets, sinon que tu y goûtes. 
Quand on t’a «obligé» à mélanger les sauces d’arachide, d’aubergine, de noix de palme ou d’okok, accompagner de plantain, du macabo râpé, d’igname… et que tout seul la nuit, tu te lamentes de douleurs abdominales, parce que ne pouvant plus supporter ce mélange. Là  tu comprends que tu es au village.
      Être l’ami de tout le monde
 Tu viens de la ville, tu es alors l’ «ami» de tout le village. Peu importe, que cette amitié spontanée te plaise ou non. Chacun t’offrira son plus beau sourire que tu devras lui rendre. Dans chaque famille ou presque, le père ou la mère t’indique sa fille ou son fils qui vient d’être inscrit à l’école. Il te dit indirectement que cet enfant continuera ses études en ville et donc tu devrais te préparer à le recevoir chez toi. Vous rigolez tous, pensant qu’il s’agit d’une plaisanterie. Ce n’est que plus tard que tu t’aperçois que c’était tout, sauf une plaisanterie. N’est ce pas cool !?
     Dire au revoir à tout un village
Ton séjour villageois terminé, tu dois «dire au revoir» à tous, avant de retourner en ville. Exactement la même chose qu’à ton arrivée, la seule différence est que cette fois-ci, la cible est essentiellement constituée de familles proches de la tienne. Tu passes d’une cour à l’autre en compagnie d’un porte-parole qui se charge de répéter la même formule en langue maternelle : «Il est venu vous voir, car son séjour est terminé, et il retourne en ville. Nous sommes là pour vous dire au revoir ». En retour, chacun s’évertue à te «dire au revoir» en te donnant quelque chose (Mitumba, bâton de manioc, viande boucanée…), pourvu qu’il t’«oblige» à lui être redevable au centuple, une fois que tu travailleras. Bref c’est un cadeau presqu’empoisonné. Tenez-vous bien, ces dons ne se refusent pas. Peu importe celui ou celle qui le donne car, cela constituerait une « énorme bourde ». Si vous essayez, ils insisteront avec cette phrase subtile, mais qui traduit tout : « Prends! Un enfant n’est pas celui d’une seule personne…prends çà, tu vas te débrouiller, si demain çà va tu peux nous regarder…C’est sur vous qu’on compte ».  Bref tu finis par accepter ce cadeau, la tête lourde en gardant à l’esprit que tu lui es désormais redevable. Chez nous on appelle ce type de dons la « dette sociale ».

Lors de ta prochaine visite au village, tu devras aller le saluer. Si tu es un élève, à mesure que tu avances dans tes études, le montant et le nombre de personnes qui te disent «au revoir »  augmente. Nul ne veut être en reste. D’autres feront même d’énormes sacrifices pour sacrifier au rituel. Je me souviens de cette mère qui s’est sentie «obligée» de me dire au revoir. N’ayant rien dans l’immédiat, a pris son unique bidon d’huile de palme pour me le remettre. Touchant n’est-ce pas ?!  En tout cas moi j’aime le village. Pour cette chaleur humaine, et pour toutes ces choses qui font de lui, le plus bel endroit au monde !