mardi 1 janvier 2013



Economie
Le Cameroun et le business de la ferraille
Longtemps ignorée au Cameroun, la ferraille s'impose depuis quelques temps comme une activité florissante, un véritable secteur d’affaires avec ses illégalités et ses rentabilités, ses « gourous » et ses ouvriers, ses discrétions et ses batailles politico-économiques. Avec la forte demande de métaux usés sur le marché mondial et l’arrivée en masse des capitaux étrangers, le commerce du « mposs »  comme on l’appelle vulgairement, connaît en effet un boom économique. Et le secteur est immense. Il inclut le commerce des métaux ferreux et non ferreux (fer, cuivre, aluminium, et le laiton). Carcasses de voitures, machines usées, tôles, fils de courant… rien n’est laissé dans les recoins des grandes villes camerounaises et même au-delà, jusque dans les pays voisins.
Difficile d’évaluer avec exactitude le nombre de personnes employées   par ce secteur.  Toutefois, selon le synafsec, le secteur emploierait environ 8 00 personnes, pour le seul quartier de Tsinga Elobi à Yaoundé.  Une zone dans laquelle on retrouve des négoces et même des maisons entièrement dédiées au commerce de la ferraille. Cette situation s’explique par le taux de chômage que connait le pays, mais surtout par la disponibilité de cette nouvelle matière première qui rapporte au gouvernement camerounais plus de 25 milliards Fcfa chaque année.
Pourtant, ces déchets polluent les zones urbaines. Un  inconvénient qui ne pose visiblement aucun problème aux ouvriers de ce secteur qui y voient au contraire une lueur d’espoir, une source de vie voire de survie.  Mais ce n’est pas tout. La ferraille, c’est surtout et de plus en plus, un business dans lequel des hommes d’affaires indiens et pakistanais, véritables spécialistes du commerce international ont pu tirer leur épingle du jeu. Puisque le circuit de la ferraille aboutit principalement en Inde, au Pakistan, au Brésil, ou encore en France. D'importants acquéreurs qui, souvent, comptent sur l'ardeur des Tchadiens, des Camerounais, des Maliens et autres ressortissants de la sous-région, pour espérer acheter des tonnes de ferraille. De quoi booster l'élan des chercheurs de « fer rouge».
La ferraille s’est avérée si prometteuse que le ministère de l'Industrie, des Mines et du Développement technologique a dû se saisir de l’affaire en 2008 en signifiant que « la collecte, le stockage et le transport de la ferraille fait l'objet d'une autorisation préalable du ministre en charge de l'Industrie ». Des mesures qui, malgré leur mise en application, semblent diviser les différents acteurs de cet univers où seul le portefeuille du plus offrant dicte sa loi.
Paul Marcel MAYAGUI

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