lundi 31 décembre 2012

Christophe DASSI « Nous œuvrons pour un avenir meilleur »


Christophe DASSI
« Nous œuvrons pour un avenir meilleur »
Le secrétaire national du syndicat national autonome de la ferraille et de la sauvegarde de l’écosystème camerounais (Synafsec), parle des procédures mises sur pied pour améliorer les conditions de vie des ferrailleurs.

Quelle est la politique  mise sur pied par le Synafsec pour développer le secteur de la sidérurgie et de la métallurgie ?
Nous voulons faire de la ferraille un travail décent, une activité qui permet de nourrir son homme. Il  est vrai que par le passé nous avons eu beaucoup d’aventurisme, ajoutés à cela nos divers malentendus avec l’Etat  a permis le triomphe des investisseurs étrangers sur nous.  Maintenant, nous  sommes décidés à organiser notre secteur d’activité. Pour cela, nous mettons sur pieds des procédures pour travailler de concert s avec les ministères de tutelle de notre syndicat. Nous sensibilisons également les ferrailleurs sur l’importance du respect des normes régissant notre emploi. 

Il y a deux ans, le ministre Badel NDANGA NDINGA, signait deux arrêtés portant interdiction de l’exportation de la ferraille. Cet arrêté n’a pas rencontré l’adhésion du Synafsec, un syndicat  qui a exprimé son mécontentement en introduisant une plainte auprès de la cour suprême. Où en est l’affaire aujourd’hui ?
Il convient de dire que nous ne suivions pas cette affaire car ce n’est pas nous qui avions porté plainte. Toutefois, nous soutenons l’action du Synafsec. Le ministre NDANGA NDINGA, pour je ne sais quelle raison avait pris une décision qui a chamboulé la vie de nombreux ferrailleurs.  Nous avons perdu de fortes sommes d’argent ; des jeunes se sont retrouvés à nouveau dans la rue et  plusieurs propriétaires d’entrepôt criblés de dettes ont dû fuir le pays. 

L’action du Minmidt était donc mauvaise ?
Pas vraiment. Le ministère a voulu structurer le secteur, ce qui est une bonne chose. Mais il n’a pas cru bon de prendre les avis des principaux concernés sur la question. C’est sans doute pour cette raison que le Synemef-cam a porté plainte. Pour éviter ce type de problème á l’avenir,  nous œuvrons pour développer  et assainir les relations entre les ministères et nous. 

A travers cet acte, le ministère entendait  non seulement  «sécuriser la production et l’approvisionnement de l’industrie locale, mais aussi préserver la valeur ajoutée induite et les emplois». Comment ressentez-vous cela sur le terrain?
Nous n’avons pas remarqué une quelconque création d’emplois dans le secteur. Nous sommes toujours dans l’informel et supportons les caprices des acheteurs qui font la pluie et le beau temps  des prix de la ferraille.  Le ministère ne descend pas sur le terrain pour constater les faits mais se contente juste des rapports des équipes de suivi à la solde des industries indiennes. 
Propos recueillis par P.M.M

Le Synemef-Cam introuvable.
Ayant pris connaissance du problème qui opposait le Syndicat national pour l’environnement et les exploitants des métaux, des déchets ferreux et non ferreux du Cameroun (Synemef-Cam). Nous avons tentez de les rencontrer pour avons leurs versions des faits.  A toutes nos recherches, il est resté introuvable. Cependant, nous avons rencontré syndicat national autonome de la ferraille et de la sauvegarde de l’écosystème camerounais (Synafsec). Étant également concerné par les maux du secteur du « fer », nous leur avons tendu le micro pour question d’équilibre. 

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BAGOUTOU DJEMBE
« Il n’existe pas de problème entre le Minimidt et le Synefcam »
Le directeur de la production industrielle parle du différend qui existe entre le ministère de l’Industrie, des Mines et du Développement technologique.
Quelle est la politique  mise sur pied par le ministère pour développer le secteur de la sidérurgie et de la métallurgie ?
Pour assurer le développement de ce secteur, une procédure de création des établissements d’exploitations de la ferraille a été mise sur pieds.  Il y a ce qu’on appelle les entrepôts de stockage qui sont des établissements classés dangereux, insalubres et incommodes. Et donc il y a risque de contamination. Alors pour créer un entrepôt, il  vous faut un certificat de conformité signé par le ministère de l’environnement accompagné d’un agrément que le Minimidt délivre. Sur le terrain, nous travaillons avec nos services déconcentrés. Nous avons par exemple le service général de sécurisation qui est notre œil au port de Douala. Les fonderies industrielles ont des cahiers de charge bien définis : soit un agrément de zone franche qui ouvre les portes uniquement au marché extérieur, soit un agrément local pour écouler sur le marché interne.

Il y a deux ans, le ministre Badel NDANGA NDINGA signait deux arrêtés portant interdiction de l’exportation de la ferraille. Cet arrêté n’a pas rencontré l’adhésion du Syndicat qui a exprimé son mécontentement en introduisant une plainte auprès de la cour suprême. Où en êtes-vous avec cette affaire ?
Il n’existe pas de problème entre le Minidt et le Synefcam. Notre ministère n’est jamais allé en justice.  En fait, le ministre a pris ces décisions pour deux principales raisons : il s’agit premièrement de fournir la matière première aux fonderies locales. Et aussi d’éviter des actes de vandalisme des biens publics. On a vu ça à Mbalmayo avec les chemins de fer, à Bafoussam avec les rouleaux de câbles électriques.   Avant que le ministre ne signe, ils (exploitants) faisaient ces choses parce que ça leur rapportait de l’argent. Or on en a besoin ici. Bon, ils ont décidé d’aller se plaindre. Mais le Premier ministre s’est saisi de l’affaire. Et c’est ainsi qu’il a signé le 23 mars 2010, une décision demandant au ministre de l’industrie d’appliquer strictement les mesures prises dans les arrêtés sus cités. Cependant, le syndicat a fait une demande pour exploitation. Le ministre a répondu en leur rappelant le contenu des arrêtes signés un peu plutôt, notamment en son article neuf.

A travers cet acte, vous entendez non seulement  «sécuriser la production et l’approvisionnement de l’industrie locale, mais aussi, préserver la valeur ajoutée induite et les emplois». Comment comptez-vous procéder à la réalisation de ce projet?
Il faut dire que le ministère en lui-même n’a pas créé d’emplois. Ce sont en fait des emplois directs et indirects qu’ont généré les fonderies industrielles déjà installées au pays. Cela a été rendu possible grâce à l’interdiction de l’exportation de la ferraille. En 2005 nous avions trois fonderies implantées sur notre territoire. Aujourd’hui, on compte environ 8, parmi lesquelles Metafric Steel, les aciéries Prometal, Cometal, et Boem Steel. Selon les résultats des études faites par nos équipes de suivi,  les statistiques indiquent que les Aciéries et Prometal ont créé 875 emplois directs en deux ans. Maintenant, on attend la finalisation et le début de l’exploitation du fer de Mballam pour voir. En terme de chiffre d’emplois créés, c’est un peu difficile. Mais il faut retenir qu’au Cameroun, l’exportation de la ferraille est pour le moment interdite.
Propos recueillis par P.M.M.


Réglementation
Rapport de force autour de l’exportation de la ferraille
Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique est face au syndicat de conquête et de défense des déchets ferreux et non ferreux.
L’affaire oscille autour d’une décision ministérielle signée en 2008. Les arrêtés n°00237/MINIMIDT/Cab/ du 19 juillet et n°00242/MINIMIDT/Cab/ du 19  août 2008 portant fixation des modalités de collecte, de transport, de stockage, de transformation et d’exportation de la ferraille et / ou des déchets métalliques posent problème. L’article 9 de cette décision ministérielle interdit l’exportation des déchets ferreux ou non ferreux. D’après les responsables en charge de l’affaire au ministère, ces décisions visent deux principaux objectifs. Tout d’abord, elles permettent non seulement  de « stabiliser les unités de transformation en réglementant la collecte de la ferraille, mais, visent également à éviter la rareté de cette matière première sur le marché local », a affirmé M. Bagoutou Djembele, directeur de l’industrie au MINIMIDT. 
Mais cette décision n’a pas rencontré l’adhésion du Syndicat national pour l’environnement et les exploitants des métaux, des déchets ferreux et non ferreux du Cameroun (Synemef-Cam). Ceux-ci vont manifester leur mécontentement en déposant une plainte à la cour suprême. Dénonçant par le biais du Comité National Anti-Corruption (CONAC), que le ministère continuait de délivrer des autorisations spéciales d’exportation aux expatriés. Argument que réfute le ministère non sans préciser qu’ «en fait, lorsque la mesure était prise, il fallait attendre l’expiration de la date des autorisations qui avaient déjà été délivrées plus tôt», explique une fois de plus M.Bagoutou. 
Ayant été saisi de l’affaire par le comité de suivi à la primature, le Premier Ministre à son tour va signer une décision le 23 mars 2010, demandant au ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique de veiller scrupuleusement à l’application des dispositions de l’article 9 signé par ledit chef du département ministériel. Le syndicat a introduit une demande d’exportation auprès du ministère. Demande  qui lui a été refusée pour des raisons contenues dans les dispositions des deux arrêtés ministériels.
Autre objectif visé par ces textes gouvernementaux, la mise sur pieds des fonderies de droit nationales. Ce qui conduirait à la création des emplois plus ou moins stables. Aujourd’hui, l’activité rassemble plus de 10 000 opérateurs. Sur le marché et reconnues par le ministère, elles sont plus de huit sociétés de transformation telles que : Boem Steel, Cometal, les aciers du Cameroun, etc. D’ailleurs, Prométal, en est le leader sur le marché sous-régional avec environ 20 milliards de chiffre d’affaire. Et pour l’heure, l’exportation de la ferraille est interdite au Cameroun, en attendant de nouvelles décisions.
Brice MOUSSING

Chasse à la ferraille
Une menace pour les populations et le développement local
La ruée vers les métiers de la ferraillerie est perçue comme une menace pour les populations et  pour le développement local. Il est très fréquent que de jeunes ferrailleurs peu scrupuleux volent les chaînages des bâtiments en construction pour vendre les barres de fer. D’autres n’hésitent pas à voler des pièces de la voie ferrée ou à s’introduire dans des maisons à la recherche de ferraille. Mais s’il y a une attitude qui ulcère au plus haut point les populations de certains quartiers des métropoles camerounaises, c’est le fait que des ferrailleurs poussent l’outrecuidance jusqu’à dévisser toutes les plaques tombales dans les cimetières, mais aussi le fait qu’ils coupent les fils de téléphone et dévissent les lampadaires qui éclairent les villes dans la nuit. Ces voleurs réduisent en ferraille les lampions après les avoir fait tomber et les vendent dans le circuit qui est en passe de devenir une véritable mafia. Une situation qui est l’origine de nombre de problèmes entre les grossistes et les forces de l’ordre. « Il arrive que des ferrailleurs aient maille à partir avec la justice parce qu’il est fréquent qu’ils achètent de la ferraille sans avoir les papiers de garantie», confie Raoul, propriétaire d’un dépôt.  Ces «chasseurs de métaux » ont au moins le mérite de débarrasser les rues, les marchés, les ateliers métalliques et de tôlerie de tout objet en fer encombrant. Et il est très rare de trouver un semblant de fil en fer, de pot de conserve et d’ustensiles de cuisine hors d’usage dans les poubelles ou les dépotoirs de la cité dans la ville aux sept collines. 
P.M. M.

Coût des métaux en bourse et dans le marché noir
Le tableau comparatif ci-contre a été réalisé avec des informations collectées auprès des commerçants pour le cas du marché noir. Les prix du marché  à l’international ont réalisé après consultation des  sites www.kme.com, www.steelde.fr, spécialisés dans le commerce de la ferraille en Europe.