La fabrication de ce détritus permet de réduire le volume de sa poubelle et de produire, à partir de déchets organiques, un humus nécessaire au développement des plantes, tout en se faisant un bon pactole.
Le nez et la bouche couverts par un cache-nez, échines courbés, le corps ruisselant de sueur par une température de 40˚C, Bonaventure Noutcheu, 30 ans, remue machinalement le monticule d’immondices qui se trouve devant lui à l’aide d’une fourche. L’odeur de putréfaction accentuée qui se dégage de ce tas de déchets le laisse indifférent. Détrompez-vous, il n’est pas un éboueur, mais « un fabriquant de fertilisant naturel », se décrit-il en souriant. En effet, Bonaventure fabrique du compost, un engrais composé de débris organiques et de matières minérales. « Le compostage repose sur le principe de la fermentation.
Une activité qui provoque une montée en température allant de 30 à 60°C au cœur du tas. Si l'air ne circule pas, les micro-organismes ne peuvent pas vivre et travailler. Le compostage est plus efficace lorsque les morceaux de matière organique sont de petites tailles. Il est donc important de brasser et mélanger les déchets organiques pour faciliter l'aération et éviter le pourrissement», explique-t-il. Le brassage favorise également la régularité de la transformation dans toutes les zones du tas et permet d'obtenir un compost de qualité homogène.
C’est en 2008, avec l’augmentation du taux de chômage au Cameroun, que ce père de famille (alors cultivateur à ses heures perdues) découvre sur Internet comment fabriquer soi-même du compost pour les produits agricoles. Une fabrication qu’il étendra deux ans plus tard au-delà de la lisière de ses champs pour en faire une véritable entreprise qui fait vivre sa famille. «Je travaille avec 3 garçons qui m’aident à fabriquer du compost. Cependant certains jeunes me livrent quotidiennement des déchets», confie Bonaventure. «Après avoir payé mes gars, je peux rester avec 20 000fcfa par semaine» ajoute-il gaiement.
Dans cette fabrique de compost située au quartier Minkan, le travail commence à 5 h du matin par la collecte de déchets biodégradables et se termine en soirée. Le compost fabriqué ici est livré ensuite aux agriculteurs et jardiniers ayant passé des commandes quelques temps plus tôt.
L'humus disparait chaque année à hauteur de 2 à 3%, en se minéralisant pour apporter les éléments indispensables au développement des plantes. En incorporant du compost (riche en nutriments organiques de plus de 80% et en humidité) à la terre, les agriculteurs compensent cette perte, améliorent la fertilité du sol et limitent le volume de déchets à traiter.
Une alternative au problème de gestion des décharges
Nos poubelles se composent dans leur majorité de déchets organiques issus des cuisines et des végétaux. Ces matières sont une véritable mine d’or susceptible de servir de fertilisant agricole. « Compte tenu de la nature des ordures ménagères collectées et du climat, le compostage pourrait, à l’avenir, apporter les fonds carbone et accroître la rentabilité, comparativement à la mise en décharge. L’Afrique devrait donc mettre l’accent sur la valorisation du compost plutôt que sur la mise en décharge», propose le Dr. Ahmed Mostafa, expert en Traitement de déchets - spécialiste à l’Unité du fonds carbone de la Banque Mondiale, dans une interview accordée à nos confrères du magazine Bosangi. D’autant plus que le recyclage des matières organiques, rallonge la durée de vie des décharges et limite les risques sanitaires.
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