Bastos, un quartier huppé de Yaoundé en début de
soirée. L’air est chaud et lourd. Le soleil brille comme quand il est à son
zénith au Sahara. Le visage recouvert de
sueur et la gorge sèche, je pousse la
porte d’un troquet « in », dans l’espoir
de trouver un cactus qui étancherait ma gorge en feu. Mais une «armoire géante» me repousse sans ménagement.
- fête privée !
Le gorille exige que
j’aille m’abreuver ailleurs. Mais on ne se débarrasse pas aussi facilement d’un
tenace qui a fait le maquis, et qui plus, est journaliste. Ma curiosité journalistique prend alors le
dessus. Je cherche donc à savoir qui se
permet de réserver tout un bistrot.
- j’imagine déjà les Dpa (Détenteurs
du pouvoir d’achat) ou un de ces feymens de la capitale entrain de faire un
maxi boucan.
A l’arrière du bar,
un camion décharge des vivres et de la boisson.
Une chance pour moi, ma tenue du
jour sied parfaitement à la besogne. Je m’invite donc à la fête en passant par
la cuisine. On s'amuse bien dans ce café hein ! La sono est à fond, les filles
sont chaudes, l’alcool coule à flots et
la délicate odeur de cigarette empeste l’air de la salle. De
fait, il y a là une centaine d'adolescents qui se trémoussent sur un
secoues-secoues de Lady ponce et de Manu Killer, l’un des meilleurs Dj du pays.
Dans un coin
obscur, je demande à tue-tête à un jeune
lascar ce qu’on célèbre avec tant d’enthousiasme. Il me dirige vers un autre ado, cheveux de
feux, bling-bling jusqu’aux os. Celui-ci me répond :
- C'est la première
communion de Mohamed.
- Quoi ? Pour me rassurer que « le secouement »
n’avait pas altéré mon ouïe, je lui repose la question. Et il me répond en
articulant très lentement.
- c’est la pre-miè-re com-mu-nion de Mo-ha-med.
Une stupéfaction
insensée s’empare de mon être, mon esprit crédule pense alors que j’ai traversé
la porte des étoiles pour me retrouver dans un monde parallèle. La première
communion c’est bien une affaire de chrétien catholique, non ?! Et Mohamed c’est bien un truc de musulman, il
paraît même que c’est le petit nom du prophète pas vrai ?! Si je ne me trompe !
Il n’y a pas de
doute, les témoins de Jéhovah rencontrés quelques heures avant, avaient raison
: la fin du monde est proche. Je quitte
précipitamment le café avec l’impression de ne pas vivre dans la même
époque que ces lurons. Je crois même que j’hallucine !
Revenu à la maison
une demi-heure plus tard, je raconte
l’histoire à mon petit frère.
- Taré ! Tu ne connais pas la tendance
actuelle dans la jeunesse in du kamer ?
Comme on ne sait plus qui est qui, il y a plusieurs ethnies, près de 500
communautés religieuses et comme tous
ces gens cohabitent, on ne veut plus faire de jaloux. Par conséquent, on
célèbre toutes les fêtes. Ton Mohamed
est sûrement le fils d’un Ahladji milliardaire qui aurait pris pour énième
épouse une femme catholique.
- Euréka, j’ai trouvé la solution à la
guerre au Mali et à tous les problèmes de conflits religieux. Les maliens
devraient copier la jeunesse in du kamer.
On louera Dieu simplement tous
les jours dans les différentes cérémonies religieuses, sans distinction d’obédiences. Plus besoin de s’entretuer en
son nom.
Tard dans la nuit
sous la chaleur accablante de Yaoundé,
je rêve de la fête du Mouton à « Etoudi » où popaul et Junior égorgent
un mouton, tandis que Chantou et Brenda
sèchent la viande sur le Garzon.
Je rêve également d’un jour de Noel en Arabie saoudite. Le Roi Abdallah
ben Abdelaziz Al Saoud et sa famille chantant il est né le divin enfant ♪♪ aux pieds d’un sapin…
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